Scientométrie.html

 
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La bibliométrie peut être définie comme « l'application des mathématiques et des méthodes statistiques aux livres, articles et autres moyens de communication » (Pritchard, 1969) : il s'agit de quantifier la communication d'un individu ou d'un groupe, non seulement en termes de volume, mais en termes de portée sur une population ciblée. La scientométrie est l'application de ces techniques au champ des études de la science et de la technologie, en comptabilisant les publications scientifiques.

Sommaire

modifier Histoire et méthodes bibliométriques

C'est en 1958 qu'Eugene Garfield crée l'Institute for Scientific Information (ISI), avec le soutien de l'administration américaine de la recherche et celui de sociologue comme Merton. Le premier volume du Science Citation Index voit le jour en 1963, tandis que la revue Scientometrics est fondée en 1978 1.

Peuvent être pris en compte: le nombre de publications, l'« impact » de la revue dans laquelle elles sont publiées (c'est-à-dire le nombre potentiel de citations d'un article qui y est publié) et le nombre effectif de publications ultérieures citant chacune. En 2005, Jorge Hirsch, un physicien, a aussi développé l'indice h, qui vise à « mesurer la productivité » individuelle, selon le même système que le facteur d'impact (c'est-à-dire en fonction des citations).

Un autre indicateur célèbre est le classement de Shanghai, qui se fonde sur le nombre de publications dans deux revues scientifiques et le nombre de prix Nobel attribués aux équipes pédagogiques pour tenter d'évaluer la valeur comparée des universités au niveau mondial.

En France, l'École des Mines a élaboré un indicateur basé sur un seul critère: le nombre d'anciens étudiants figurant parmi les dirigeants exécutifs des 500 plus grandes entreprises mondiales. Classée au 13e rang mondial selon le classement de Shanghai, la France passe ainsi au 3e selon ce classement, HEC dépassant Oxford, l'ENA, le MIT et Polytechnique 2. Cet autre classement, tout aussi contestable, démontre la relativité de ces critères quantitatifs.

En France, le rapport Bourdin soulignait ainsi le privilège national accordé aux universités britanniques par le classement britannique, et inversement pour le classement néerlandais 1. Le chercheur québecois Yves Gingras soulignait le manque de fiabilité du classement de Shanghai, qui fait varier de 100 rangs la position de l'université de Berlin ou d'Humboldt, en 2008, en raison de la publication en 1922 du Prix Nobel d'Einstein 1.

Enfin, l'« index de reconnaissance » s'intéresse à la reconnaissance manifestée dans les articles à tel ou tel individu, groupe économique ou institution 3.

modifier Utilisation de la scientométrie

Elle est utilisée par les organismes finançant la recherche comme outil d'évaluation. En formant des indicateurs de recherche et développement, elle est utilisée, de manière controversée, comme aide à la décision en ce qui concerne les politiques de recherche.

L'European Science Foundation a récemment mis en place un classement contesté des revues, soutenu en France par l'AERES. Utilisé pour l'évaluation de la recherche, ce classement n'utilise cependant pas des méthodes bibliométriques, étant établi par un panel d'« experts » et dépendant de leurs appréciations subjectives 1.

modifier La critique des indicateurs quantitatifs

La majorité des indicateurs bibliométriques sont de nature quantitative, s'exposant ainsi à de nombreuses critiques de part et d'autres du champ académique. Certaines des personnes qui élaborent ces critères en soulignent eux-mêmes les limites. Ainsi, les auteurs du classement de Shanghai concèdent l'existence d'un biais en faveur des pays anglophones et des institutions de grande taille, ainsi que les difficultés à définir des indicateurs adéquats pour classer les universités spécialisées dans les sciences sociales 4.

modifier « Publier ou mourir »

La bibliométrie incite les chercheurs à publier plus, selon le principe publish or perish. Le danger est ici que les chercheurs se préoccupent plus d'étoffer leur palmarès de publications (qui détermine leur carrière : possibilités de promotion, mais aussi, dans certains cas, paye ou continuité de leur emploi) que de réaliser des travaux scientifiquement intéressants.

On constate alors diverses dérives dues au désir d'augmenter le nombre de publications, par exemple:

  • le psittacisme : le chercheur publie la même idée dans plusieurs « papiers », profitant du fait que les évaluateurs des différentes publications n'ont pas lu leurs travaux précédents
  • le saucissonage (salami effect) : la même idée est découpée en plusieurs tranches, chacune publiée séparément.

modifier Variabilité du nombre de publications chez les scientifiques célèbres

Notons l'extrême variabilité du nombre de publications chez les scientifiques réputés. Des scientifiques de premier plan comme Albert Einstein ou Louis de Broglie ont, dans l'ensemble, peu publié, mais certaines de leurs publications étaient de toute première importance et ont eu une influence considérable sur la science. À l'opposé, un autre scientifique de premier plan, Paul Erdös, a été très prolifique.

modifier Que mesure le « facteur d'impact » ?

L'usage du « facteur d'impact » des journaux pour l'évaluation de la qualité des chercheurs est très sujet à caution. Ce facteur d'impact est censé mesurer l'importance d'un journal pour la communauté scientifique. Il est cependant faux de conclure qu'un « papier » dans un journal à fort facteur d'impact est forcément de meilleure qualité qu'un papier dans un journal à facteur d'impact plus faible, notamment parce que la politique éditoriale des journaux les plus connus (Science, Nature) met en jeu des critères extra-scientifiques, comme le côté « sensationnel » d'une publication.

Dans le champ des sciences humaines et sociales, les articles recensant des ouvrages font l'objet d'un plus grand nombre de citations que les articles originaux eux-mêmes. Les revues de sciences humaines et sociales accordent une large place à de tels recensions bibliographiques.

L'usage du nombre de citations favorise les publications « dans l'air du temps ». Une publication sur un sujet original mais qui ne serait pas « à la mode » est défavorisée. Il arrive que des idées de premier plan soient ignorées au moment où elles sont publiées, et sont redécouvertes ensuite. L'impact réel de la publication n'est alors sensible qu'à une échelle de temps supérieure à celle utilisée pour les calculs des divers facteurs d'impact. Pour ces raisons, certains considèrent que la bibliométrie ne doit être utilisée que pour évaluer des chercheurs déjà bien installés, ayant une certaine carrière derrière eux.

Enfin, un chercheur qui travaille beaucoup dans le cadre de contrats en relation avec des industriels peut avoir du mal à publier autant qu'il le souhaiterait pour des raisons de confidentialité.

modifier L'AERES et la bibliométrie

En France, l'AERES a mis en place un classement bibliométrique des revues, suscitant des critiques de la part de chercheurs d'horizons divers 5. Ainsi, le médiéviste Olivier Boulnois affirme qu'on « confond la qualité d’une revue avec sa diffusion, et la qualité d’un article avec la qualité d’une revue » 5. Selon Boulnois, « sur les quatre tomes des Dits et Ecrits de Michel Foucault, il n’y a peut-être pas cinq articles publiés dans des revues classées A… » 5

modifier Voir aussi

modifier Références

  1. abcd Yves Gingras, La fièvre de l'évaluation de la recherche, Centre universitaire de recherche sur la science et la technologie, mai 2008
  2. Face à Shangaï, les Mines dégainent leur classement, L'Express, 18 septembre 2008
  3. C. Lee Giles et Isaac G. Councill. Who gets acknowledged: Measuring scientific contributions through automatic acknowledgment indexing. In Proceedings of the National Academy of Sciences 101(51):17599–17604, 21 décembre 2004.
  4. N. C. Liu et Y. Cheng, « Academic Ranking of World Universities – Methodologies and Problems », Higher Education in Europe, 30, 2, 2005 ainsi que M. Zitt et G. Filliatreau, « Big is (made) Beautiful », Première Conférence internationale sur les universités de classe mondiale, Shanghai, juin 2005.
  5. abc Olivier Boulnois, L’évaluation automatisée en sciences humaines, 22 octobre 2008.

modifier Bibliographie

modifier Lien externe

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